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Le hold-up du dentaire confirmé

1 octobre 2026

 

La mission Rist ne dément rien, elle enfonce le clou

Certains espéraient encore que la mission « Rist », pilotée par Élisabeth Hubert, Nicolas Bouzou, Stéphane Junique et Franck von Lennep et remise le 23 septembre dernier, vienne tempérer les ardeurs comptables du rapport IGAS-IGF. Il n'en est rien. Pire : elle reprend telle quelle la logique de transfert de charge sur les prothèses dentaires, avec un chiffrage quasi identique (1,6 Md€) et une hausse du reste à charge AMO qu'elle évalue elle-même à près de 60€ par an pour les plus de 70 ans. La mission officielle valide donc noir sur blanc : les retraités les plus fragiles paieront plus cher leurs prothèses, et non, ce n'est pas une lubie isolée de technocrates zélés, c'est désormais une recommandation gouvernementale documentée.
 

Un sursis en trompe-l'œil sur les soins conservateurs

La mission Rist a la prudence de ne pas reprendre le scénario maximaliste à 4,8 Md€ englobant l'ensemble des soins dentaires. Qu'on ne s'y trompe pas : ce n'est pas un geste de considération pour la profession, c'est un calcul politique. Le rapport le dit lui-même : il s'agit de « ne pas déséquilibrer excessivement la répartition AMO-AMC », rien de plus. Et la porte reste grande ouverte : la mission ouvre explicitement la possibilité de réexaminer le panier dentaire maîtrisé dans le cadre du futur « contrat essentiel » censé remplacer le contrat responsable. Traduction : le sursis sur les soins conservateurs n'est qu'un délai, pas une protection. Le dentaire reste dans le viseur, simplement pour plus tard, quand l'opinion sera moins vigilante.
 

L'aveu le plus cynique : les complémentaires financent déjà 48,5 % du dentaire

Voilà le chiffre qui devrait faire bondir toute la profession : la mission Rist reconnaît que les organismes complémentaires financent déjà 48,5% des dépenses de soins dentaires en 2024. Autrement dit, le désengagement de la Sécu sur ce poste n'est déjà plus une hypothèse, c'est une réalité presque à moitié consommée. Et c'est précisément sur ce constat que la mission bâtit sa légitimité pour aller plus loin, comme si un demi-abandon justifiait d'achever le processus. C'est l'argument du pompier pyromane : on a laissé filer le désengagement de l'AMO année après année, et on s'en sert aujourd'hui comme preuve qu'un transfert complémentaire supplémentaire serait « cohérent ».
 

Le bouclier sanitaire : une fausse promesse qui exclut sciemment le dentaire

Les rapporteurs vantent un futur « bouclier sanitaire » - plafond de reste à charge à 740€ ou 2,8 % du niveau de vie - présenté comme la contrepartie sociale de ces transferts. Mais ils admettent eux-mêmes que le périmètre exact, notamment l'inclusion du 100% Santé et du dentaire, reste « à instruire », et qu'il faudra au moins trois ans avant une mise en œuvre. Trois ans pendant lesquels le transfert de charge sur les prothèses, lui, s'appliquerait immédiatement. La mécanique est limpide : on retire tout de suite aux patients une protection existante (le remboursement AMO) et on leur promet, dans un avenir hypothétique et non financé, une protection de remplacement dont on ne sait même pas si elle les couvrira. C'est vendre une assurance qu'on n'a pas encore souscrite en échange d'une franchise qu'on encaisse déjà.
 

L'UNOCAM en embuscade

Dernier détail qui ne doit rien au hasard : la mission Rist propose de renforcer le rôle de l'UNOCAM dans les négociations conventionnelles dès lors que les complémentaires deviennent financeurs principaux d'un poste de soins. Traduction concrète pour les chirurgiens-dentistes : demain, ce ne sera plus seulement l'Assurance Maladie qui négociera les tarifs et les conditions d'exercice avec la profession, mais un acteur complémentaire supplémentaire, aux logiques commerciales et actuarielles bien différentes de la logique de service public.
 

Conclusion : deux rapports, une seule doctrine : reculer méthodiquement

IGAS-IGF chiffre le hold-up. La mission Rist vient de le valider institutionnellement, en le recalibrant légèrement à la baisse pour le rendre plus digeste politiquement, sans jamais renoncer sur le fond. Le message est désormais sans ambiguïté : les prothèses dentaires des retraités seront moins bien remboursées par la Sécu, le filet de sécurité promis en échange n'existe pas encore et ne sera pas prêt avant des années et la profession continuera d'apprendre les règles de son propre exercice par voie de rapport plutôt que par la concertation. 

Deux missions, un même mépris pour ceux qui soignent au quotidien. Il est temps que les syndicats dentaires cessent de subir ces arbitrages en silence et exigent, avant tout nouveau transfert, une évaluation contradictoire indépendante de son impact réel sur les patients et sur l'exercice professionnel.

 

Marcel Perroux
Secrétaire général adjoint de l'Union Dentaire
Chirurgien-dentiste à Montceau les Mines (71)
 

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