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02-01-2026
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22 - 12 - 2025
Comme toutes les strates de notre industrie et artisanat, la prothèse française traverse un bouleversement d’ordre non seulement technologique mais aussi économique. La Chine et les pays émergents sont responsables de cette diminution du nombre de laboratoires, même si cette pratique existe depuis plus d’une quarantaine d’années. De plus ce premier importateur emploie 50 français et plus de 1000 chinois.
« À titre d'exemple, Labocast, premier importateur de prothèses chinoises a vu son chiffre d'affaires augmenter de 50,12 % entre l'année 2020 et 2021. N'étant pas assujetties à la TVA ou même aux taxes douanières, ces prothèses dentaires, en provenance de pays hors Union Européenne abusent de leur situation fiscale. Malgré la fabrication sur mesure proposée par les laboratoires français, ces derniers, redevables de multiples taxes et impôts, notamment sur la main-d'œuvre, ne peuvent plus faire face à une concurrence déloyale. L'importation de prothèses dentaires provenant de pays avec une main-d'œuvre très peu coûteuse est une aberration à tout point de vue, sur le plan économique, écologique ou encore en matière sociale et surtout sanitaire » Ceci est un extrait d’une intervention à l’assemblée nationale de janvier 2024.
En corollaire de cette concurrence étrangère, un autre facteur est à prendre en compte.
Si aujourd’hui de nombreux laboratoires de prothèses disparaissent avec leurs emplois, c’est qu’ils n’ont pas su prendre le virage du numérique. Le numérique est une formidable avancée qu’aucun chirurgien-dentiste ne peut renier en regard de la performance des empreintes obtenues dans de nombreux domaines prothétiques (pas tous mais ce n’est pas le propos ici). Cependant il engendre des coûts de modernisation et de formation hors de portée des petits artisans. Ceux qui sortent la tête de l’eau sont les laboratoires qui ont investi lourdement dans des chaînes numériques coûteuses nécessitant une emprise au sol supérieure et aussi un bouleversement des pratiques.
Le rôle essentiel de proximité du laboratoire avec son prescripteur se voit effacé pour la prothèse simple du quotidien. Une ordinaire usineuse et un logiciel de dessin vous fabrique une dent avec très peu d’interventions humaines hyperqualifiées.
Par ailleurs le modèle économique des centres commerciaux dentaires passe par une externalisation étrangère de la fourniture prothétique. L’indigence des tarifs des soins opposables qui diminuent depuis 2023 et la signature de la nouvelle convention en atteste (pas de diminution en valeur absolue mais rapporté à l’inflation, il y a diminution des tarifs). Les mutuelles participent ouvertement à cette fuite en avant : après la mutualité française il y a deux ans, puis Vyv ( qui représente la MGEN) c’est au tour d’Harmonie Mutuelle d’obliger la fabrication prothétique à l’étranger pour des raisons économiques et non des raisons techniques.
Il faut rappeler aux centres et aux mutuelles, qu’avec de l’argent publique ils font prospérer une industrie et un artisanat étranger. À terme ne verrons-nous pas toute la prothèse fabriquée hors de nos frontières ? Si tel devient le cas, à quoi bon gaspiller de l’argent publique pour moderniser nos écoles publiques de prothèses dentaires et former des jeunes qui ne trouveront aucun débouché en France ?
Il est temps que nos parlementaires, interpellés par les représentants syndicaux des prothésistes, mais aussi les chirurgiens-dentistes s’intéressent à cette future perte de savoir-faire et ce drame économique et social qui se dessinent dans un avenir pas si lointain.
par Elie SFEIR
Chirurgien-dentiste au Mans (72)
Vice-président de l’Union Dentaire
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