Télémédecine : Une opportunité à saisir pour les chirurgiens-dentistes ?

 

La télémédecine est au cœur du plan « Ma Santé 2022 »* pour une « meilleure organisation des professionnels de santé au bénéfice des patients mais aussi pour eux-mêmes ».

L’avenant 6 à la convention médicale**, acte son déploiement sur tout le territoire français.

L’accord conventionnel interprofessionnel en faveur de l’exercice coordonné (ACI) ***, signé le 28 juin 2019 par l’UD, prévoit également son développement au sein des communautés professionnelles de santé (CPTS).

 

Dans ce contexte, suite à la mise en application de la nouvelle convention dentaire, a eu lieu à la CNAMTS le premier groupe de travail (GT) relatif à la télémédecine dentaire, le vendredi 9 mars 2019. Il a permis de dresser l’inventaire des systèmes déjà opérationnels, de pointer leurs avantages, inconvénients et les précautions à prendre.

 

Où en est-on en dentaire, est-ce une opportunité dans la pratique des chirurgiens-dentistes ?

 

L’UNCAM a tout d’abord rappelé aux participants (UD, les CDF, UFSBD, SOSS, UNAPEI****, praticien hospitalier), la définition de la télémédecine (article L 6316 -1 du code de santé publique) : forme de pratique médicale qui s’effectue à distance grâce à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication. Elle permet la mise en relation de plusieurs professionnels de santé entre eux ou avec un patient.

 

La télémédecine regroupe cinq actes :

  • La téléconsultation permet au professionnel de santé de donner une consultation à distance à un patient pour établir un diagnostic et un parcours de soins à suivre.
  • La téléexpertise permet au professionnel de santé de solliciter à distance l’expertise d’un autre professionnel de santé en raison de sa formation ou compétence particulière.
  • La télésurveillance médicale donne la possibilité à un professionnel de santé d’interpréter à distance les données relatives au suivi médical d’un patient et de prendre les décisions nécessaires à sa prise en charge.
  • La téléassistance. 
  • La réponse médicale urgente.

Les patients concernés en 2019 sont ceux en ALD, atteints de maladies rares, résidant en zones sous-denses, résidant en EHPAD ou structures médico-sociales, ou détenus.

 

Avant fin 2020, tous les patients seront concernés.

 

En dentaire, le terme de télémédecine bucco-dentaire a été retenu ; il s’agit essentiellement de téléconsultation, télé expertise et télésurveillance.

Les freins rencontrés pour le déploiement des différents systèmes,  sont des problèmes liés au matériel (fragilité relative des caméras intra orales, matériel d’endoscopie,  coût élevé) et à l’organisation : aides-soignants et ou infirmiers sur place dans les différentes structures à former.

 

De ce fait, le projet Oralien présenté par l’UFSBD  « tire son épingle du jeu », notamment pour les patients résidant en EHPAD.

Un smartphone avec logiciel (télésurveillance grâce à l’intelligence artificielle), dédié à l’établissement pour le personnel formé, permet d’établir une mémoire de l’état de santé bucco-dentaire du patient, et un comparatif dans le temps. Les vidéos transmises à une plateforme unique sont analysées par des chirurgiens-dentistes qui peuvent ensuite alerter et mobiliser les équipes soignantes sur place si besoin.

Le matériel dans ce cas est donc d’un emploi aisé, relativement peu onéreux, et bien accueilli par les patients.

Il y a cependant comme pour tout acte de télémédecine bucco-dentaire un contrat établi par l’ONCD, à transmettre au CDO par le praticien concerné et  à respecter notamment en ce qui concerne :

  • L’identification et le consentement du patient
  • L’authentification du ou des professionnels de santé concernés
  • La déclaration de la pratique de la télémédecine bucco-dentaire auprès de son assurance de responsabilité civile

Un décret paru au JO du 15 juin autorise l’expérimentation du projet de l’UFSBD pour l’accompagnement et la prévention auquotidien de la santé orale des personnes dépendantes vivant en établissement médicosocial (EHPAD).

 

La télé médecine est une opportunité à saisir, pour les patients des chirurgiens-dentistes,  lorsqu’ils se retrouvent en  situation de dépendance, avec une  mobilité  réduite voire inexistante.

La télésurveillance et télé expertise évitent des déplacements inutiles, un recours aux urgences et permet une surveillance régulière des patients fragiles.

La téléconsultation permet de poser un « pré diagnostic ». Elle constitue une aide nouvelle pour faciliter l’accès aux soins notamment dans les zones dites sous- dotées,  et aura tendance à se développer.

 

Mais, dans notre profession à spécificité technique, rien ne pourra remplacer une consultation clinique, un acte radiologique dans nos cabinets et l’acte médical indispensable pour soulager une douleur ou reconstruire une dent.

La prévention reste primordiale quant à elle : un bilan avant l’entrée en EHPAD est une priorité.

 

De  prochains GT sur la télémédecine sont prévus pour approfondir la mise en application en dentaire. L’UD y participera activement !

 

 

Par Muriel Wagner, Vice-Présidente National de l’Union Dentaire

 

 

 

*Plan Ma Santé 2022 inauguré par Agnès BUZYN le 19 novembre 2018

**Avenant 6 à la convention médicale, accord conventionnel signé les 13 et 14 juin 2018 pour la CSMF, MG France, Le Bloc et le SML, le 27 juin par la FMF

***ACI en faveur de l’exercice coordonné signé le 20 juin par 19 organisations syndicales puis par… et l’UD le 28 juin 2019.

****Union Dentaire, les Chirurgiens-Dentistes de France, Union Française pour la Santé Bucco Dentaire, Santé Orale et Soins Spécifiques, Union Nationale des Associations de Parents, de Personnes Handicapées Mentales et de leurs Amis (anciennement Union Nationale des Associations de Parents d’Enfants Inadaptés)