L’exercice en groupe : Urgence chez les Chirurgiens Dentistes

Billet d’humeur d’Alain DARY, conseiller de l’Union Dentaire

 

Pendant très longtemps, notre profession, au-delà de son indispensable dextérité manuelle, a de commun avec les médecins le fait de produire de la valeur ajoutée par son savoir et ce savoir précieux à fabriquer des « praticiens » indépendants et libres dans un exercice individuel.

 

A l’heure d’aujourd’hui, ce savoir se dilue dans d’importantes machines qui vont s’avérer indispensables à tous les chirurgiens-dentistes tant elles aident les diagnostics et les traitements.

S’il y a encore 20 ans le fauteuil dentaire était le principal investissement d’un cabinet, il a été supplanté aujourd’hui par de nombreux équipements bien plus onéreux comme le cône beam, la caméra numérique, l’usineuse de cabinet etc…

En termes de gestion, notre exercice va plus ressembler demain à celui d’un radiologue ou laboratoire d’analyses médicales déjà structurés en groupe avec son cortège de machines qu’être un simple dépositaire de savoirs. Il y a urgence à s’organiser mais les mentalités ne sont pas encore prêtes.

 

La structure de groupe la plus usitée aujourd’hui dans notre profession est encore la SCM et elle n’est pas la plus appropriée pour relever ces défis. Ce n’est qu’un simple partage de moyens qui sont plus ou moins importants selon le degré d’affinités. L’indépendance du praticien passe en premier ne reléguant qu’en second plan la SCM qui ne se voit verser tous les mois qu’une obole par les divers associés afin de couvrir l’espace commun.

La structure des SELARL a pourtant été créé par une loi du 31 décembre 1990 dans le but, justement de permettre le développement d’exercice en groupe. Dotée d’une personnalité morale et d’un cadre juridique rigoureux, la SELARL est un outil moderne et souple pouvant offrir des règles variables de rémunérations et permettant de produire du bénéfice en fin d’année fiscale pour de futurs investissements ou voire des dividendes ce que ne permet pas la SCM qui voit automatiquement son solde bancaire créditeur ventilé dans la déclaration fiscale de tous les associés.

 

Malheureusement elle a été très souvent détournée de son objectif principal pour des raisons patrimoniales et on voit très souvent fleurir des SELARL unipersonnelles voir des SCM de SELARL unipersonnelles.

 

On peut le comprendre ; l’exercice en groupe le vrai, impose des sacrifices, la possibilité de s’entendre sur des mêmes objectifs, mêmes investissements ce qui va à l’encontre de notre culture très individuelle. On a peur qu’en perdant notre indépendance et se fondre dans un collectif, nous perdions tout.

Tout est à inventer. De mon point de vue la 1ère chose à faire avant même d’envisager la création d’une SELARL et la rédaction des statuts est d’écrire une charte des valeurs. Qui sommes-nous ? Quelle est notre vision d’exercice ? Que voulons-nous partager ? Pour quel type de patientèle ? Quelle forme de management ?

 

Il faut aller bien au-delà des belles déclarations et chercher ce qui constituera le cadre spirituel qui régira les orientations financières et comportementales.

La charte des valeurs en présentant le « qui on est » rassure les nouveaux entrants qu’ils soient praticiens ou personnel soignant et constituera un guide des comportements du quotidien.

Les SELARL peu nombreuses qui se structurent à plusieurs associés peuvent avoir une très grande variabilité en parts sociales et écrire des règles de rémunérations qui n’ont rien à voir avec la propriété en part sociales mais plutôt en fonction du volume de chiffre d’affaires produits individuellement.

Elles permettent également d’intégrer facilement plusieurs collaborateurs déguisés en associés à part minoritaire permettant ainsi de s’exonérer de la taxation de TVA sur les rétrocessions. Les associés proches de la retraite peuvent beaucoup facilement vendre leurs parts sociales aux nouveaux arrivants.

La SELARL est aujourd’hui le cadre juridique le plus souple mis à notre disposition et dont il faut rapidement se saisir pour un exercice demain adapté aux différents enjeux technologiques.

 

Il y a urgence !