La quadrature du cercle ?

Par Philippe Denoyelle, Président de l’Union Dentaire

 

Voilà quelques jours seulement, l’Union Dentaire appelait à un sursaut de l’ensemble des parties prenantes aux négociations conventionnelles afin que soient traitées, au fond et sans hypocrisie, les questions financières qui détermineront demain l’organisation et les conditions effectives de notre exercice conventionnel. Nous réclamions également un renforcement du calendrier des négociations et une prise de position de la part des complémentaires. Sur ces différents points, nous avons été entendus, la séance de négociation du 16 février l’a clairement montré.

 

L’irruption du RAC 0, et la volonté du gouvernement de le promouvoir coûte que coûte, ont modifié fondamentalement le déroulement de la négociation conventionnelle en contraignant l’ensemble des négociateurs, financeurs comme représentants de la profession, à s’inscrire dans un cadre pour lequel il n’existe aucun précédent. Cette « couche supplémentaire » a bouleversé l’économie des négociations en obligeant chacun, bon gré, mal gré, à se déterminer aussi par rapport à cette perspective. Pour sa part, l’UD a rapidement intégré ce paramètre en affûtant ses propositions et en réaffirmant clairement les limites qu’elle entendait maintenir face aux prétentions de l’UNCAM. Une position concrète et responsable que nous aurions aimé voir partagée par l’ensemble des négociateurs de la profession.

 

Depuis l’ouverture de cette négociation, notre syndicat a publié, en toute transparence et en libre accès pour tous, l’ensemble des propositions présentées jusqu’à présent tant par nos trois syndicats professionnels que par l’UNCAM. Ce choix, nous l’avons arrêté et nous l’assumons parce qu’il n’y a pas – et parce qu’il n’y aura jamais – de double langage de la part de l’UD : nous considérons cette totale transparence de nos actes et de nos prises de position comme notre première obligation à l’égard de nos consœurs et de nos confrères. Nous comprenons l’exigence d’honnêteté et de vérité qui les anime et nous leur permettons ainsi de comparer, sans biais, les déclarations et les actes de chacun. Un exercice sain de démocratie.

 

L’UD ne considère pas que tout a été dit, bien au contraire : nous venons d’entrer dans une phase déterminante de la négociation et nous devons obtenir plus et mieux de la part des régimes d’assurance maladie, car ceux-ci disposent encore de marges de manœuvre. C’est là tout l’enjeu des prochaines séances et c’est pour cela que, une fois encore, nous en appelons à l’unité syndicale pour présenter un front commun sur l’essentiel.

 

Bien évidemment, le compte n’est pas bon aujourd’hui, mais nous nous devons de bien analyser le chemin déjà accompli depuis septembre 2017 en comparant les résultats d’ores et déjà acquis aux conditions définies par le règlement arbitral, c’est-à-dire à la situation dans laquelle se trouverait la profession si la négociation actuelle ne pouvait aboutir à un accord. Cela ne signifie pas que nous accepterions de nous contenter de ce que nous avons déjà obtenu. Tout au contraire, cela motive l’UD – et devrait motiver les deux autres syndicats – à redoubler à la fois de vigilance et de pugnacité.

 

Seule une nouvelle convention permettra de nous affranchir définitivement du risque d’un règlement arbitral, et cette convention, nous devons tous tout faire pour y parvenir. Pour l’essentiel, les idées qui sous-tendent cette éventuelle nouvelle convention émanent de l’UD : rééquilibrage effectif de notre exercice par une forte revalorisation des soins, priorité donnée à la prévention, existence d’un panier d’actes entièrement libres, mise en œuvre d’un dispositif de suivi, application du principe de tripartisme. Nous nous sommes battus pour ces principes, nous continuerons à le faire.

 

Certains, au sein de la profession, pensent – et disent parfois – qu’il serait plus facile de résoudre la quadrature du cercle que de parvenir à un accord profitable à la profession et à nos patients. Peut-être ont-ils des raisons de souhaiter l’échec des négociations en cours en imaginant que cela conforterait leur position de contestataires professionnels ? Pour notre part, nous sommes d’un avis exactement opposé, c’est pourquoi nous nous battons pour qu’une nouvelle convention voie le jour et qu’elle réponde aux attentes de la profession.

 

Il nous reste pour cela quelques semaines. Cela pourrait être suffisant si, toutes composantes confondues, nous sommes capables de faire preuve de la même combativité et de concentrer nos forces sur les verrous qui subsistent encore et qui doivent disparaître pour garantir les intérêts de la profession.