Pour une approche préventive des traitements bucco-dentaires

 

« Mettre fin à la négligence de la santé bucco-dentaire mondiale : il est temps d’agir radicalement ».

 

Un article paru récemment dans la revue lancet.com, co-signé par des auteurs anglo-saxons et de différents pays du monde, pointe du doigt les inégalités qui existent entre les pays riches et les pays pauvres dans l’accès aux soins bucco-dentaires et dans la prévention bucco-dentaire. Les auteurs préconisent de nouvelles actions à mettre en oeuvre de façon urgente à travers le monde pour traiter les pathologies bucco-dentaires et réduire ces inégalités.

Les pathologies orales affectent globalement 3,5 milliards d’individus dans le monde, traduisant un problème de santé publique mondial majeur. Les progrès technologiques indéniables de la dentisterie depuis ces trente dernières années, ont conduit à une approche très technique des traitements bucco-dentaires. 

 

Selon les auteurs de l’article, la spécialisation de notre activité (implantologie, endodontie.. etc), n’est pas pertinente en terme de prévention bucco-dentaire à l’échelle mondiale. Les auteurs font le constat de l’état de santé bucco-dentaire dégradé des populations les plus démunies souvent rurales donc éloignées des lieux de soins primaires. L’une des explications avancées par les auteurs, est que les traitements bucco-dentaires actuels sont essentiellement techniques, ne s’attaquant pas aux causes réelles des pathologies dentaires et encore moins aux inégalités en santé bucco-dentaire. L’approche des traitements dentaires utilisant des systèmes de haute technologie domine dans les pays occidentaux dits « riches » ; selon les auteurs elle n’est ni appropriée, ni applicable aux populations des pays pauvres qui se trouvent très éloignées des structures de soins. 

Afin de remédier à cette situation, les auteurs proposent d’intégrer l’approche préventive bucco-dentaire dans des structures médicales de proximité dans lesquelles sont prodigués des soins primaires.

 

La présence de quantités de plus en plus importantes de sucre (notamment cariogène) dans l’alimentation, explique également ces piètres résultats en matière de prévention bucco-dentaire à travers le monde. Ce déterminant alimentaire est à l’origine des pathologies bucco-dentaires et a contribué aussi à l’explosion de l’obésité (considérée comme une véritable épidémie) et/ou du diabète, et au développement des pathologies cardio-vasculaires. Les auteurs de l’article estiment que les industriels du sucre exercent actuellement une influence négative sur les politiques de santé publique, sur les organisations professionnelles et aussi sur la recherche en odontologie (par des conflits d’intérêts) grâce à des stratégies d’entreprise bien rodées. Ils considèrent que seule une politique volontariste préventive menée par les états pourrait contrer ces choix industriels délétères pour la santé bucco-dentaire. Ces politiques de prévention devraient aboutir à une diminution de la consommation mondiale de sucre présent dans l’alimentation. Les auteurs pointent du doigt également les profits considérables générés par ces stratégies de promotion du sucre dans l’alimentation. 

 

Une approche plus large de la prévention bucco-dentaire doit être mise en place dans le monde d’après les auteurs. Elle doit se substituer à celle qui prévaut actuellement, basée sur l’individualisation de la prévention bucco-dentaire. Cette dernière n’ayant pas apportée de résultats probants en terme d’amélioration de l’état de santé bucco-dentaire des populations [malgré les progrès observés, par exemple dans notre pays]. C’est pourquoi, les auteurs pensent qu’il faut modifier de façon urgente cette approche.

Les dérives observées concernant certains traitements dentaires parfois inappropriés, seraient liées, pour les auteurs, à l’emprise croissante des compagnies et sociétés d’assurance dans l’organisation des soins dentaires. L’objectif de ces compagnies d’assurance étant le profit qu’elles peuvent tirer de cette organisation qui correspond à un rendement maximal des investissements réalisés dans ce domaine. Cette approche interventionniste des traitements dentaires a pour conséquence des soins dentaires parfois inutiles voire inappropriés [nous connaissons tous les dérives des centres dits « low cost »  dont le nombre se multiplie en France actuellement]. Cette politique incite a réaliser des traitements invasifs à tout prix, plutôt que d’obtenir une bonne santé bucco-dentaire, c’est cette politique qu’il faudrait modifier selon les auteurs de l’article. Les auteurs préconisent la création d’une couverture universelle de santé intégrant la santé bucco-dentaire. 

L’Union Dentaire estime que les propositions et que les solutions avancées par les auteurs de cet article correspondent bien à la politique cohérente et efficace de prévention bucco-dentaire prônée et défendue par l’Union Dentaire depuis longtemps. En France, l’Union Dentaire constate que les pouvoirs publics ont pris conscience de l’importance des actions de prévention menées par les chirurgiens-dentistes. La nouvelle convention intègre mieux qu’auparavant la prévention bucco-dentaire, par exemple en étendant l’examen bucco-dentaire aux enfants de 3 ans ou encore aux femmes enceintes ou en prenant en compte le risque parodontal augmenté chez les patients diabétiques. Néanmoins, le chemin à parcourir est encore long avant d’obtenir des pouvoirs publics des décisions politiques majeures dans le domaine de la prévention bucco-dentaire.  

 

 

Par Christophe Teillaud, Conseiller scientifique de l’Union Dentaire

 

 

Pour en savoir plus : Référence : « Ending the neglect of global oral health: time for radical action ». Richard G Watt et al., The lancet.com Vol. 394, July 20, 2019. p261- 272