Masques FFP2, et notre profession ?

 

Dans ce contexte tendu sur le sujet des masques, où ni le Premier Ministre, ni le Ministre de la Santé nous considèrent comme profession prioritaire, il est temps de faire le point sur ce sujet sensible.

L’ensemble de la profession réclame des masques de protection dont les fameux FFP2 mais savons nous pour quels actes et ce qu’est vraiment ce masque respiratoire de protection ?

L’UD vous livre cette revue de la littérature scientifique qui vous permettra d’en connaitre plus.

 

Quelle est la différence entre un masque chirurgical et un masque FFP2 * ?

  • Un masque chirurgical est un dispositif médical (norme EN 14683). Il est destiné à éviter la projection vers l’entourage des gouttelettes émises par celui qui porte le masque. Il protège également celui qui le porte contre les projections de gouttelettes émises par une personne en vis-à-vis. En revanche, il ne protège pas contre l’inhalation de très petites particules en suspension dans l’air. On distingue trois types de masques dont celui que nous utilisons dans nos cabinets : le type IIR qui possède une efficacité de filtration bactérienne > 98 % et résistant aux éclaboussures.

Un masque chirurgical est conçu pour un usage unique. Il doit être changé dès qu’il devient humide et au moins toutes les 4 heures.

  • Un masque FFP2 est un appareil de protection respiratoire (norme NF EN 149). Il est destiné à protéger celui qui le porte à la fois contre l’inhalation de gouttelettes et des particules en suspension dans l’air, qui pourraient contenir des agents infectieux.. Il existe trois catégories de masques FFP, selon leur efficacité, dont le FFP2 qui doit filtrer au moins 94 % des aérosols (fuite totale vers l’intérieur< 8 %).

Un masque FFP2 retiré ne doit pas être réutilisé. La durée de port doit être conforme à la notice d’utilisation. Dans tous les cas, elle sera inférieure à 8 heures sur une seule journée.

 

Alors chirurgical ou FFP2 ?

Penchons nous sur la littérature scientifique :

JAMA Nov 2009 : L’efficacité du masque chirurgical a été évaluée comme non-inférieure par rapport au respirateur N95 (Norme anglo-saxonne du FFP2) pour des soins infirmiers.

University of Oxford Mars 2020 : Les masques chirurgicaux standard sont aussi efficaces que les masques respiratoires (par exemple N95, FFP2, FFP3) pour prévenir l’infection des professionnels de la santé lors d’épidémies de maladies respiratoires virales. Les masques respiratoires FFP2  sont préférés pour la protection pendant les procédures de génération d’aérosols.

La Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française a relayé un article ce 14 Avril qui permet à lui tout seul de décrire les données scientifiques actuelles.

Elle explique pourquoi le masque chirurgical est efficace pour empêcher la transmission de la majorité des agents viraux respiratoires, y compris les coronavirus et très probablement le SARS-CoV-2 et pourquoi le masque FFP2 ne lui est pas supérieur en dehors de situations particulières dont les techniques générant des aérosols.

Attention, le port d’un masque FFP2 demande une formation, la vérification systématique de son bon positionnement, autrement il revient au port d’un masque chirurgical.

 

Le problème dans notre pratique : les aérosols

Dans son guide de Prévention des infections et contrôle des infections respiratoires aiguës à tendance épidémique et pandémique de 2014, l’OMS décrit page 35, les procédures générant des aérosols et regrette que des recherches sont encore nécessaires pour déterminer s’il existe une différence entre l’efficacité des respirateurs et les masques médicaux. Cependant, certaines procédures peuvent être prise en considération pour notre exercice :

• la nécessité de déterminer les exigences minimales de ventilation de nos locaux

la nécessité de contrôler la direction du flux d’air pour les procédures générant des aérosols.

Ils n’existe malheureusement pas d’études précises sur les aérosols «dentaires» mais certains guides montrent l’intérêt de :

  • l’aération des locaux
  • d’avoir un système d’aspiration chirurgicale performant afin de diminuer la nébulisation.
  • d’éviter les ultra-sons le plus possible
  • de mettre la digue dès que cela est possible
  • d’éviter le plus possible d’utiliser l’eau et l’air en même temps sur la seringue
  • d’éviter de vaporiser les désinfectants directement sur la surface

 

Quelles conclusions pouvons nous prendre suite à l’analyse de cette littérature scientifique ** ?

  • Le masque chirurgical a donc largement démontré son efficacité pour empêcher la transmission de la majorité des agents viraux respiratoire, y compris les coronavirus. Le masque FFP2 lui est toutefois supérieur pour les situations avec production d’aérosols (aucune étude sur la pratique dentaire).

Les actes sans aérosols pourraient donc être réalisés avec un masque chirurgical.

Mais dès que la technique produit des aérosols, le masque FFP2 est alors préférable.

 

  • Le port d’un masque FFP2 demande une formation et la vérification systématique de son bon positionnement pour être sûr de son étanchéité (Fit Check). Bien positionné, il est difficile à porter pendant plusieurs heures. Il est important de noter que cet inconfort peut être à l’origine de contact des mains avec le masque, source potentielle de contamination des muqueuses du visage par l’intermédiaire des mains.

Attention : Sans apprentissage sur sa mise en place correcte, sans Fit Check, un masque FFP2 revient au port d’un masque chirurgical. Son efficacité repose sur l’efficacité du matériau filtrant et sur l’étanchéité au visage du masque.

Confrères, il est important de noter qu’une barbe, même naissante, réduit l’étanchéité du masque au visage et diminue son efficacité globale.La barbe est donc tout simplement déconseillée avec un FFP2.

 

  • Il existe des masques FFP2 de différentes formes avec ou sans soupape expiratoire et muni ou non d’un joint facial. Le masque FFP2 doit être adapté à la morphologie du visage de l’utilisateur. Certains modèles sont disponibles en deux ou trois tailles. Il convient de réaliser un essai d’ajustement pour vérifier que le modèle soit adapté au porteur.

Selon l’étude du Groupe d’Étude sur le Risque d’Exposition des Soignants aux agents infectieux, les masques FFP2 « coquille dure » ne semblent pas adaptés au milieu de soins, il faut plutôt privilégié les masques souples dits « bec de canard » ou « à plis » qui sont plus adaptés.

 

Pour conclure ce dossier,  il est important de rappeler que seul, le masque n’est pas une barrière suffisante pour lutter contre la transmission des virus, il doit bien sûr être associé aux autres EPI ainsi qu’à un lavage des mains efficace et à un apprentissage de sa mise en place car un masque FFP2 mal adapté ou mal ajusté ne protège pas plus qu’un masque chirurgical.

L’Union Dentaire continuera à défendre notre profession devant les plus hautes autorités afin d’obtenir tous les équipements nécessaires pour une reprise de notre activité rapide et en sécurité.

 

 

 

Pour plus d’information, vous pouvez trouver ci-après des tutos de mise en place du FFP2 et des vérifications nécessaires :

 

 

 

* : ( d’après l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles )

** : ( d’après l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles ) et l’article relayé par la SPILF.

 

 

Par Sébastien ABIN, Trésorier National de l’Union Dentaire

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