Île-de-France, la vaillante !

L’Ile-de-France est  la plus petite des régions de la France métropolitaine en superficie après la Corse, mais la plus peuplée et la plus densément.

Notre profession y compte 8716 chirurgiens-dentistes (21% du nombre total de praticiens sur la France entière) répartis dans ses huit départements, Paris (75), Seine-et-Marne(77), Yvelines (78), Essonne(91), Hauts-de-Seine (92), Seine-St-Denis(93), Val de Marne (94), Val d’Oise (95) pour 12 174 880 habitants, 1268 communes.

Dès le 6 mars un foyer épidémique de coronavirus est identifié dans le Val d’Oise. Aussitôt, l’Agence régionale de Santé,* (ARS IDF) y déclare une zone de « cluster », de circulation active du virus.

Une cellule de crise est mise en place, en lien avec les acteurs franciliens, professionnels de santé.

Déjà alertée par les cadres de l’Union Dentaire, le Dr François RAFFALLI de la région Corse, et  puis début mars par le Dr Jacques KALTENBACH, de la région Grand Est, qui doit fermer son cabinet par manque de matériel de protection et gel hydro alcoolique, la région Île-de-France est sur le qui-vive. Elle se prépare à l’annonce du confinement par le gouvernement et à la fermeture provisoire des cabinets dentaires.

Dès le 16 mars, suite au communiqué de l’ONCD, la région réagit, et s’organise, que ce soit pour défendre les intérêts de la profession auprès des politiques, du Conseil Régional d’île de France, dans les médias ou pour s’engager dans les services de régulation ou de garde des urgences dentaires ou le service sanitaire.

 

L’action pour la défense de la profession

Les députés et sénateurs ont répondu favorablement au mail adressé dès le 25 mars par nos cadres  qui les alertaient sur les difficultés auxquelles devaient faire face les chirurgiens-dentistes libéraux en début de crise Covid-19 :

  • La pénurie en matériel de protection problématique pour la prise en charge des urgences dentaires dans les cabinets de garde
  • Leur précarité financière suite à la décision de fermeture des cabinets dentaires par l’ONCD en accord avec le Ministère des Solidarités et de la Santé
  • La non-prise en charge de leurs indemnités journalières par l’Assurance Maladie et le défaut de soutien de certaines assurances.

Les députés de Paris notamment, Laetitia AVIA et Pacôme RUPIN, ont bien compris nos demandes, et suivi l’évolution des mesures du gouvernement.

Marielle de SARNEZ, présidente de la Commission des Affaires étrangères, première circonscription de Paris, a adressé une question écrite au ministre des Solidarités et de la Santé sur la situation des chirurgiens-dentistes, publiée au JO du 7 avril 2020.

L’UD a relayé le questionnaire émis par la Commission des Affaires Sociales du Sénat – dans son Trait d’Union du 4 avril 2020 relatif à la prise en charge de l’épidémie par les professionnels de santé de ville (Plus de 5000 consultations dont 20% de médecins, 22% de chirurgiens-dentistes, 35% de sages-femmes, 53% de professions paramédicales, 6% de pharmaciens).

Le premier suivi de l’enquête publié le 15 avril a mis en exergue l’inquiétude des professionnels sur le plan sanitaire et économique et la méfiance vis-à-vis des autorités.

Le résultat définitif publié le 29 avril 2020, confirme les premiers constats. Pour Alain Milon, président de la commission des affaires sociales, “cette crise agit comme un révélateur des cloisonnements de notre système de santé avec une gestion d’abord très hospitalo‑centrée. La défiance constatée des acteurs du premier recours à l’égard des recommandations des autorités sanitaires, les carences en matière d’équipements, doivent inciter à renforcer la communication et à mieux associer les professionnels de terrain aux décisions car c’est avec eux que se jouera l’issue de cette crise”.

Le 27 avril 2020, l’Union Dentaire Ile-de-France, adresse un courrier à Madame Valérie PECRESSE, Présidente du Conseil régional d’Ile-de-France pour lui demander d’ajouter les chirurgiens-dentistes à la liste des professions pouvant bénéficier des aides délivrées par la Région Ile-de-France pour la reprise d’activité.

 L’Union Dentaire IDF réclame également une part légitime, pour tous les praticiens d’Ile-de-France, des 30 millions de masques commandés par la région pour les professionnels de Santé.

Aude LUQUET, Députée de Seine et Marne, a alerté sur la situation des chirurgiens-dentistes ne faisant pas partie des fonds d’équipement d’urgence régional et n’ayant pas accès à la centrale d’achat de masques de la région.

La Région  a  pris l’engagement de les intégrer.

A l’aide du  tuto réalisé par l’Union Dentaire, les praticiens qui réunissaient les conditions requises ont pu effectuer la démarche pour percevoir le fonds de solidarité de 1500€.

Le Conseil régional d’Ile-de-France a mis en place le fonds de solidarité Volet 2, une aide complémentaire mobilisable pour les entreprises, professionnels et associations ayant de 1 à 10 salariés, en difficulté de trésorerie. Cliquez ici pour en en bénéficier 

 

Le dévouement et l’organisation des praticiens des départements d’Ile-de-France pendant la crise.

Le 16 mars, le Dr Serge FOURNIER, Président de l’ONCD, dans une intervention vidéo diffusée à l’ensemble de la profession, appelait tous  les chirurgiens-dentistes, quelle que soit leur forme d’exercice,  à fermer leur cabinet et à suspendre tous leur activité de soins.

C’est « un coup de massue » pour la profession qui ne s’attendait pas comme la plupart des autres professionnels de santé, à une telle ampleur de crise sanitaire.

Surmontant leur désarroi, les praticiens d’Ile-de-France, organisent leur planning en conséquence et assument leur mission de santé publique en restant en contact avec leurs patients par des permanences téléphoniques et par mail.

Les membres des Conseils départementaux assurent les services de régulation tandis que des praticiens volontaires assurent des gardes et prennent en charge les urgences vraies.

Ce n’est pas toujours facile surtout dans certains départements très denses ; les praticiens hésitent à prendre des risques alors que les équipements de protection sont délivrés au compte-gouttes.

Micky MARTY, cadre Union Dentaire IDF à la retraite, conseillère ordinale de Seine-Saint-Denis, témoigne des difficultés rencontrées lors des régulations : « Il a fallu « se dépatouiller » au téléphone avec les praticiens qui envoyaient leurs urgences et les patients qui appelaient directement au CDO ! ».

Bruno LEVOLLANT, Vice-président de la région UD IDF, conseiller ordinal de Seine-Saint -Denis corrobore ses propos : « La mise en place du service de régulation des urgences par téléphone et mail a du se faire très rapidement et avec nos propres moyens. Nous avons néanmoins réussi à faire face aux flots d’appels que nous avons reçus grâce à l’énergie et à la cohésion des membres du conseil départemental. Nous pouvons être fiers du service que nous avons rendu à la population ».

Dans les Hauts-de-Seine, Thierry LEPRINCE, Secrétaire général de la région Union Dentaire IDF, a été confronté aux difficultés d’approvisionnement des équipements de protection, sur blouses, charlottes, masques FFP2…ce qui a entraîné une plus faible capacité d’accueil des patients.

Lors d’une interview à RTL, il a demandé de l’aide aux pouvoirs publics et à la grande distribution qui venait d’être autorisée à vendre des masques y compris des FFP2 au public.

Thierry LEPRINCE s’est aussi porté volontaire pour la réserve sanitaire et a assuré courageusement un certain nombre de vacations « infirmier », après une formation rapide et efficace.

Dans les Yvelines, le Dr Marc PINCHEMEL, membre du Conseil d’Administration Régional  UD IDF, volontaire pour les urgences fait le même constat de manque de matériel de protection. Il livre  le journal de bord de l’une de ses gardes, dans son cabinet dentaire :

8h30 : Nous sommes tous prêts, les régulateurs avec qui nous allons communiquer par WhatsApp pour éviter d’encombrer la ligne du cabinet, ma consœur qui va s’occuper de l’administratif et moi-même en charge des soins urgents.

La garde doit débuter à 9 h. La veille le régulateur m’a informé que le premier rendez-vous était fixé à 9h.

 Nous nous sommes revêtus  des équipements de protection individuelle          (EPI), tenues assez similaires à celle utilisées pour l’implantologie. 

A 9h le téléphone sonne. Rapidement ma consœur est débordée d’appels, malgré le filtrage par la régulation. Il faut interroger le patient sur son état médical et dentaire, l’informer des mesures à prendre avant de venir au cabinet si besoin, ou demander son mail, si une ordonnance doit être délivrée.

De mon côté, les « pulpos » vont s’enchaîner, chacune suivie du nettoyage de toutes les surfaces de la salle de soin et d’attente. Une heure est consacrée à chaque patient.

A 12h la régulation nous demande s’il nous reste une place de disponible, mais  non en ce qui nous concerne. Quelques-unes le sont dans la zone de garde.

A 14h le département des Yvelines n’a plus n’avait plus aucun créneau de libre.

Le peu de nombre de binôme de garde est consécutif au manque d’EPI. La montée en charge de leur approvisionnement permettra une amélioration de l’offre de soins.

Du côté des patients, ceux-ci se sont montrés respectueux, ponctuels et reconnaissant.

Nous, nous avons eu le sentiment d’avoir modestement participé à la permanence des soins dentaires dans cette période difficile.

Quasi tous les praticiens libéraux d’Ile-de-France ont continué à rester en contact avec leurs patients par mail et/ou téléphone, leur donnant des conseils ou en leur adressant des ordonnances à titre gracieux tout en gérant à la fois la maison (la/le conjoint(e) continuant à travailler), la classe pour les enfants, les démarches administratives pour eux-mêmes et leurs employés, les demandes d’indemnités…

Mais  que dire des centres dentaires dont certains sont restés ouverts pendant la période de confinement et d’autres centres médicaux et dentaires, qui certes assuraient les urgences mais le faisaient savoir sur Facebook et Twitter ?

Les centres dentaires se sont multipliés notamment à Paris, ces dernières années, avec des moyens humains et en matériel, alors qu’il y avait suffisamment de chirurgiens-dentistes libéraux pour l’offre de soins. Est-ce que les centres « Low cost » vont « profiter » de la situation, étant partenaires de Covident  pour la plupart (organisme de régulation des urgences AP-HP) et continuer après le confinement à recevoir les urgences orientées exclusivement vers eux depuis cette plateforme téléphonique ?

On comprend l’inquiétude des chirurgiens-dentistes franciliens dans ces conditions, pour leur activité future alors qu’ils devront – vu le nombre de cas positifs en Ile-de –France, redoubler de précautions ?

Le Président de la région UD IDF, Christophe TEILLAUD, conseiller scientifique UD, avait fait le point sur la situation au 30 mars 2020, dans un article paru sur notre site. Il s’est aussi impliqué, à la fois sur le plan syndical, et professionnel. Il a participé à la rédaction de la FAQ UD et écrit le courrier adressé à Olivier VERAN concernant les masques FFPP2. Dans le cadre des relations ville/hôpital, il a assuré son activité hospitalière dans un service Covid 19 car le soutien au personnel de santé de première ligne est essentiel.

 

Et le déconfinement ?

Rouge est la carte pour l’Ile-de-France. Tous les départements sont en rouge !

Depuis le 23 mars 2020, la ligne d’écoute de l’association Soins aux Professionnels de Santé (SPS)* a reçu plus de 73 appels par jours en moyenne. Ces chiffres sont significatifs d’une souffrance quotidienne des soignants.

Les praticiens savent à quoi ils doivent s’attendre. Ils devront affronter les peurs, les angoisses de leurs patients, les rassurer, travailler en respectant les règles de reprise d’activité, continuer à se former….

Dommage que les formations COVID 19 ne fassent pas partie des orientations prioritaires DPC. L’Etat a choisi l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique pour mettre à disposition sur son site des capsules vidéo e-learning accessibles gratuitement en ligne en cliquant ici

Grâce aux différents tutos proposés par l’Union Dentaire, les praticiens ont pu faire leurs demandes d’aides.

Ils devront faire face à l’augmentation des frais du fait de la nouvelle organisation de leurs cabinets dentaires, l’utilisation des équipements de protection, produits de désinfection, et à la fois à une baisse d’activité par l’allongement des plages horaires, le respect des règles d’aération et de l’asepsie entre chaque rendez-vous…

Pour les masques, lunettes de protection, sur blouses, les chirurgiens-dentistes d’Ile-de-France doivent faire une démarche particulière en allant sur le site https://monpharmacien-idf.fr/covid/masks et sélectionner la pharmacie dans laquelle ils feront la même demande d’approvisionnement chaque semaine. Plus d’infos en cliquant ici

 A partir du 11 mai, toutes les consœurs et confrères d’Ile-de-France devront fournir à leurs assistant(e)s dentaires, réceptionnistes, aides ou autres salariés, si besoin, un justificatif de déplacement professionnel en transport collectif Cliquez ici pour obtenir le justificatif en ligne

Les chirurgiens-dentistes d’Ile-de-France comme tous les praticiens de toute la France devront s’armer de tout le courage et de toute la patience dont ils sont capables.

Comme le souligne Claude LEICHER, président de la Fédération des Communautés Professionnelles de Santé, la gravité de certaines formes cliniques de la maladie provoque une peur bien au-delà des risques réels que chacune, chacun devront affronter pour les mois et années à venir** (FCPTS Données sur l’épidémie COVID au premier mai 2020).

La prise en charge de proximité reste essentielle.

Elle a permis de protéger les plus fragiles et continuera à le faire.

L’Assurance Maladie  va s’appuyer sur 50 000 médecins pour tracer le virus et constituer un fichier des malades et leurs proches. Nicolas REVEL, directeur de la CNAM, en précise les conditions dans une interview sur France Inter le dimanche 11 mai 2020 (A écouter ici)

Nous participerons à faire barrage à la transmission et briser la chaîne de contamination par le questionnaire médical de nos patients et notre professionnalisme.

Nous, chirurgiens-dentistes d’Ile-de-France avec toutes nos consœurs et tous nos confrères sur la France entière, pouvons être fiers d’assumer notre rôle de soignants et mission de santé publique.

Le 11 mai, nos cabinets dentaires libéraux sont ouverts, l’avenir est devant nous.

 

Muriel Wagner
Vice-Présidente nationale Union Dentaire
Vice-Présidente région Union Dentaire Île-de-France

 

*Le dispositif Soin aux Professionnels de Santé SPS gratuit anonyme est soutenu par l’Assurance Maladie repose sur un réseau de 100 psychologues disponibles 24h/24 et 7j/7 via l’application mobile AssoSPS  https://www.asso-sps.fr/ ou n° vert 0 805 23 23 36, il gère l’anxiété et l’angoisse dues au Covid 19

**Le taux de mortalité est estimé à O, 53% ; les séjours en réanimation pour 0,72% des personnes ayant contracté le virus ; une prise en charge sans passer par l’hospitalisation pour 92% des patients.

Annexes

Consulter les résultats de la consultation du Sénat
Lien vers le courrier à Valérie Pécresse : https://www.facebook.com/ujcduniondentaire/posts/
Réponse de Aude Luquet : https://twitter.com/audeluquet2017?lang=fr
Interview RTL de Thierry Leprince https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/coronavirus-les-dentistes-demandent-des-masques-ffp2-a-la-grande-distribution-7800475194
Lien vers l’article de Christophe Teillaud : https://www.union-dentaire.com/miseajour-scientifique/
Téléchargez ici le Guide de reprise

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