86% des chirurgiens-dentistes alsaciens testés sont séronégatifs au Covid-19

Trait d’Union Le Mag : Au-delà de la fidèle et active adhérente de la première heure de l’Union Dentaire, c’est à la présidente du Conseil Départemental de l’Ordre du Bas Rhin que je voudrais présenter mes félicitations pour tout le travail effectué par ton équipe toute entière. Explique-nous comment ton département a vécu cette crise, un peu avant le reste de la France puisque vous avez été la première région touchée ?

Christine Constans : Le Bas-Rhin a été violemment touché dès le début de l’épidémie, immédiatement après le département du Haut-Rhin. Le virus circulait activement dès le départ. L’engorgement hospitalier était palpable pour la population strasbourgeoise, qui assistait en direct au ballet des hélicoptères au-dessus de la ville, dans le bruit des sirènes d’ambulance.

Comme dans tous les départements, il a fallu organiser la permanence des soins dans un contexte très difficile pour l’approvisionnement en matériel de protection. Les personnes en charge de cette organisation se sont trouvées confrontées à l’apprentissage de nouveaux métiers. Il a fallu construire des systèmes de régulation et de livraison de matériel aux cabinets de garde qui devaient être totalement opérationnels. Alors même qu’ils venaient seulement d’être pensés par les équipes mobilisées pour cette organisation.

 

Je crois que tu as dû aussi te confiner. Tu as été séparée de ta famille pour mieux les protéger puisque, par les contacts multiples que tu avais, le risque était plus élevé pour toi.

Pour dire vrai, cette décision, je l’ai plutôt prise pour pouvoir être totalement disponible pour m’acquitter de mes missions et garder la tête libre. En effet, je ne voulais imposer à personne le rythme effréné de journées interminables.

Confinée sans ma famille, certes. Mais entourée d’une équipe formidable, investie et motivée. Je n’oublierai jamais ces journées pendant lesquelles ma première préoccupation était d’accorder à chacun une attention particulière au moment où il en avait besoin pour avancer dans ses missions, toutes plus importantes les unes que les autres.

Nous avons ainsi découvert les joies du télétravail. Et aussi ses inconvénients : une déconnexion difficile à opérer par moment.

 

Venons-en à cette étude sérologique1 que tu as entreprise. Tu as voulu, très logiquement et très humainement aussi, permettre à chacune et chacun des chirurgiens-dentistes de ton département de se faire tester, c’est bien ça ?

Oui, j’ai pris contact avec différents laboratoires afin de trouver une solution identique et de proximité et établir un résultat comparatif. Mon choix s’est notamment porté vers le laboratoire Biogroup. Ce laboratoire a l’avantage d’être établi en réseau et déployé sur tout notre département. Et même plus largement en région Grand-Est, Île-de-France et Provence Alpes Côte d’Azur. Ce groupe aura un rôle important à jouer dans la stratégie de « contact-racking » développée par le gouvernement pour accompagner le déconfinement progressif. En effet, Biogroup s’est organisé pour être en capacité de réaliser 200 000 tests PCR par semaine sur l’ensemble du territoire français.

 

Quels obstacles as-tu rencontrés?

Tout d’abord, j’ai eu à coeur de m’assurer de la disponibilité des tests sérologiques (réactifs, écouvillons) en quantité suffisante pour en faire bénéficier les confrères sans porter préjudice aux autres professionnels de santé davantage exposés. Il n’était pas question que ces derniers soient privés de dépistage par manque de tests. Il a ensuite fallu convaincre les confrères de l’intérêt de se faire dépister alors même que leurs cabinets étaient fermés depuis plus de trois semaines. Il faut savoir qu’aucun  des tests sérologiques utilisés à ce moment-là n’avait de certification CNR (Certificat National de Référence).

Ce dépistage a démarré à partir de la quatrième semaine de confinement dans les deux départements alsaciens, Haut-Rhin et Bas Rhin. Soit dans un délai minimum de 21 à 28 jours après la fin de l’exposition des chirurgiens-dentistes et de leurs assistant(e)s sur leur lieu de travail.

Entre le 25 février, date à partir de laquelle le virus circulait activement dans le Bas-Rhin, et le 17 mars, premier jour de confinement, les chirurgiens-dentistes travaillaient dans leur cabinet équipés de leurs protections habituelles (masques chirurgicaux, lunettes de protection et gants).

Ma démarche devait être bien comprise. C’est-à-dire que mon objectif était d’obtenir une étude épidémiologique de la population des chirurgiens-dentistes et de leur degré d’exposition au virus, sans que cela présuppose d’un éventuel statut d’immunité.

 

Quels sont les chiffres qu’ont apporté cette étude?

Par exemple, l’étude a révélé que 86% des membres des cabinets dentaires alsaciens testés dans cette étude (assistant(e)s dentaires et chirurgiens-dentistes réunis) étaient diagnostiqués séronégatifs au Covid-19. Sur le même territoire, seulement 76% des personnels soignants testés ont été diagnostiqués séronégatifs.

 

Bravo pour ta ténacité. Grâce à toi, au-delà des seuls praticiens de ton département, nous avons à notre disposition la seule étude sérologique disponible sur notre profession. Elle est d’autant plus capitale qu’elle a été réalisée dans un des départements les plus touchés par l’épidémie. Pour finir, je sais que tu es particulièrement attachée aux relations humaines. Qu’est-ce que tu retiens de ces deux mois de confinement ?

Je n’oublierai jamais ces journées. J’en garde un souvenir à la fois dramatique et très positif. Dramatique, lorsque je prenais le temps de lever le nez de mon travail et que je prenais la mesure de ce qui se passait à l’échelle de la planète. Mais également un souvenir très positif parce que nous avons tous dû, les uns et les autres, surmonter notre angoisse et notre stress, pour puiser des ressources que nous nous n’aurions jusque-là jamais soupçonnées. Dans une situation générale d’extrême gravité, comme celle que nous traversons, force est de constater que seul l’esprit collectif permet d’avancer et d’être efficace.

 

1 Cette étude n’a pas été avalisée par l’Agence Régionale de Santé (ARS) et le Centre National de Référence des virus des infections respiratoires de l’Institut Pasteur. Elle n’a de valeur qu’en instantané à un moment donné. Elle est la seule à ce jour dans notre profession. 

 

Etude sérologique

Cette étude a été réalisée du 23 avril au 6 mai 2020 sur 97 chirurgiens-dentistes  et 22 assistant(e)s dentaires du bas-Rhin et 57 chirurgiens-dentistes et 13 assistant(e)s dentaires du bas-Rhin. L’étude a été conduite sur 10% de chirurgiens-dentistes du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Le panel de chirurgiens dentistes et assistant(e)s dentaires volontaires pour cette étude n’a pas été triée au préalable selon leur âge, sexe, etc… afin de ne pas introduire un biais.

Le test sérologique Covid-19 du laboratoire Biogroup a une sensibilité de 95% et une spécificité de 98%. La séronégativité pour les chirurgiens-dentistes/assistant(e)s dentaires est de 84%/83% dans le Bas-Rhin et de 90%/81% dans le Haut-Rhin pour une moyenne de 76% sur l’ensemble des tests réalisés par ce groupe, toutes professions confondues

L’immunité rapide est peu spécifique. Les Ig M apparaissent à J+8 après infection et disparaissent à J+28

Les immunités spécifiques Ig G apparaissent à J+15 et restent détectables après guérison

Les différents taux permettent ainsi de « dater » l’infection.

 

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.