Avant, maintenant et après !

Chères Consœurs, Chers Confrères,

 

Les dernières semaines ont été éprouvantes pour vous. Vous avez fait face, courageusement, à la montée du CoVid-19 en France, notamment dans certaines régions très tôt durement touchées. Vous avez dû fermer vos cabinets, souvent dans la précipitation, avec des directions et des recommandations peu claires des autorités.

Vous, en tant que praticien, mais aussi en tant que membre d’une nation, d’une société, d’une famille, vous avez dû faire face à la sidération qui nous a saisi devant un tel événement, invisible, qui a mis le pays à l’arrêt. Nos esprits n’étaient pas préparés à cette situation. Les imprévus existent depuis des millénaires. Aucun gouvernant ou philosophe n’a jamais pu prévoir ce qui pouvait arriver. Mais comme toujours au cours de l’Histoire, vous avez su, nous avons su collectivement accueillir l’événement et y réagir.

 

Des nuages sombres qui se dissipent…

Les problèmes se sont accumulés. Mais nous avons tous pris notre part et su trouver, ensemble, des solutions.

Il a fallu organiser les urgences. La mobilisation de tous dans les régions a permis de prendre en charge les patients en besoin de soins et de réunir le matériel, parfois de manière épique, pour effectuer les gardes. Aujourd’hui, le système a montré ses limites. Chaque praticien retrouvera bientôt ses propres patients, rattrapera les urgences qui se sont aggravées, devra gérer les soins arrêtés et les traitements interrompus.

La gestion de nos salariés a pu paraître une tâche herculéenne qui a inquiété un certain nombre d’entre vous. Après les lenteurs administratives d’usage dont on se serait bien passées, nous avons obtenu que le chômage partiel puisse vous être accordé.

 

… et ceux qui restent au-dessus de nos têtes

L’orage grondait, la colère montait dans la profession. Oui, trop d’incertitudes et de maladresses, trop d’oublis voire de mépris, trop de silences.

Depuis le début de cette crise, l’Union Dentaire a déployé son énergie à pousser les autorités à vous indemniser. Comme dans toute situation inédite, il a fallu être créatif.

Nous avons fermement invité la Caisse Autonome de Retraite des Chirurgiens-Dentistes et des Sages Femmes (CARCDSF – Carchident) à tendre la main à la profession en accordant une aide substantielle puisée dans nos réserves inutilisées. Même si elle tarde (encore !) à venir, nous les avons invités cette semaine à accélérer le mouvement et ne désespérons pas que vous puissiez recevoir votre premier virement dans les premiers jours du mois de mai.

Nos actions envers les élus de la Nation et nos échanges avec la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) et avec Nicolas Revel, son directeur général, nous ont permis d’envisager une indemnisation journalière permettant de couvrir une bonne partie de vos charges fixes (cotisations sociales, loyer, emprunt, prélèvements fiscaux,  …)  et de la perte d’activité que vous aurez lors de la reprise. Un formulaire sur Internet devrait être prochainement disponible pour que vous puissiez obtenir début mai votre premier acompte.

Vous avez tous participé à l’effort national en acceptant, gracieusement, de faire des consultations à distance et de délivrer des ordonnances. Il ne serait que justice que la télé-consultation soit reconnue pour notre profession. Nous y veillons.

 

Quel avenir ?

Maintenant, nous devons regarder devant nous, estimer les dégâts, reconstruire le monde d’après.

Les masques vont arriver. Nous avons poussé pour qu’ils soient accessibles à tous, sans différence de région, de moyens ou de réseau. Les prix sont encore élevés. Nous avons demandé leur encadrement. Avec le retour à l’activité normale, les industriels pourront être approvisionnés et les prix baisseront obligatoirement. Alors prenez contact auprès de vos fournisseurs habituels et surtout ne commandez pas trop ce qui entraînerait un risque de pénurie et une hausse des prix.

La semaine prochaine, la cellule « reprise d’activité et avenir », à laquelle nous participons avec les autres instances de la profession, sera en mesure de vous délivrer un protocole précis de reprise de soins.

Je ne vais pas vous mentir. Notre exercice ne va pas être seulement perturbé : il sera modifié. Il va falloir regagner la confiance des Français après les discours de certains cassandres, dans les médias ou ailleurs, nous décrivant comme des contamineurs en puissance. Vous êtes, nous sommes tous des professionnels responsables. Nous continuerons ce que nous avons toujours fait, depuis le VIH, les hépatites, … à nous surprotéger, nous et nos salariés, pour délivrer les meilleurs soins possibles à nos patients.

Mais il ne faut pas se leurrer. Les premiers temps seront difficiles. L’activité sera de facto réduite par les temps de désinfection et de distanciation entre chaque patient. Pour cette raison, nous avons demandé au Directeur général de la CNAM l’ouverture d’une négociation conventionnelle exceptionnelle afin de prendre en compte la perte d’activité et le surcoût de notre plateau technique.

Le 11 mai, nous allons ressortir. Nous retrouverons notre famille, nos amis, nos associés, nos collaborateurs et nos salariés. Nous allons reprendre le chemin de notre cabinet. La vie reprendra. Pas comme avant. Mais elle reprendra. Ce n’est pas fini !

 

Philippe DENOYELLE
Chirurgien-dentiste (Bergerac, 24)
Président de l’Union Dentaire

 

Retrouvez le reportage de France 3 : Coronavirus : pourquoi les dentistes ont le sentiment d’être les oubliés du système de soin?

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