Pourquoi nous devons choisir la voie de la négociation

 

Par Philippe Denoyelle, Président de l’Union Dentaire

 

Avec la constitution d’un gouvernement et la nomination d’un ministre de la Santé, les organisations représentatives de notre profession retrouvent un cadre institutionnel réputé être « en ordre de marche ». Encore faut-il que notre nouvelle ministre ait à cœur de restaurer un dialogue social particulièrement mis à mal par celle qui l’a précédé avenue de Ségur.

 

Pour l’Union Dentaire, qui a immédiatement demandé à rencontrer Mme Agnès Buzyn, l’objectif n’a pas changé : parvenir à une réforme de fond de notre système conventionnel. À l’opposé de ceux qui imaginent utiliser la rue pour tenter de peser sur les décisions ministérielles et les positions de l’UNCAM, notre syndicat prône pour cela la voie de la négociation. Jamais au long de son histoire, et particulièrement au cours des dernières années, l’Union Dentaire n’a baissé la garde devant les pouvoirs publics ni accepté de mesures contraires à l’intérêt de la profession. Jamais elle n’a dérogé aux principes moraux qui guident son action. Toujours, elle s’est placée à la pointe du combat syndical.

 

C’est l’Union Dentaire qui a saisi la Justice pour obtenir la disparition pure et simple du CLESI ou celle de Santéclair, et c’est notre syndicat qui s’est trouvé aux avant-postes lorsqu’il s’est agi de combattre la loi Le Roux et les réseaux des complémentaires. Aujourd’hui, c’est une fois encore l’Union Dentaire qui demande au Conseil d’État de prononcer la nullité du règlement arbitral ! Mais, même quand nous la contestons parce qu’elle est inique ou qu’elle se fonde sur un abus de droit, nous respectons la loi en tant que règle suprême. L’Union Dentaire est un syndicat légaliste, nous l’affirmons et nous le revendiquons. Voilà pourquoi nous privilégions la voie de la négociation.

 

Les choses sont claires pour l’Union Dentaire et doivent l’être aussi pour le ministre de la Santé : le dialogue conventionnel doit reprendre dans des conditions qui garantissent que cette reprise ne soit pas un faux-semblant et une manœuvre de plus dirigée contre les représentants de la profession. Nous avons reçu des assurances quant à la réouverture de discussions conventionnelles et quant à la méthode, qui devra à nouveau faire appel à la discussion et à la concertation. Sans a priori et sans abdiquer notre esprit critique, nous estimons que cette piste doit être tentée. Voilà pourquoi nous privilégions la voie de la négociation.

 

Nous entendons depuis quelque temps des appels, plus ou moins clairs, incitant au déconventionnement. Il faut savoir que ceux qui entonnent ce slogan n’ont généralement pas fait un tel choix pour leur propre exercice. Ce « faites ce que je dis, pas ce que je fais » n’est rien d’autre qu’une tentative pour manipuler les consœurs et les confrères en jouant sur leur colère et leurs interrogations légitimes. Brandie par les mêmes depuis des années, la menace du déconventionnement n’est qu’un épouvantail sans efficacité : le nombre de praticiens exerçant hors convention n’a jamais beaucoup dépassé la centaine. Comme la quasi-totalité des praticiens, nous faisons le choix de l’exercice conventionnel. Voilà pourquoi nous privilégions la voie de la négociation.

 

L’Union Dentaire ne donne de leçon à personne, mais elle entend bien n’en recevoir de quiconque, particulièrement de ceux qui parient sur la politique du pire, imaginant ainsi pouvoir continuer à exploiter leur petit fond de commerce estampillé « anti-système ». Si les manifestations de rue relèvent aussi d’une action syndicale responsable, et se révèlent souvent indispensables, leur recours ne se justifie pourtant que lorsque tous les autres moyens ont été essayés sans succès. Les troupes de l’Union Dentaire n’ont jamais manqué lorsque cela a été nécessaire, et il en sera ainsi demain s’il le faut. Mais nous ne devons pas parier aujourd’hui sur l’échec de discussions qui n’ont pas encore été ouvertes, nous devons au contraire tout faire pour qu’elles puissent s’engager au plus vite. Voilà pourquoi nous privilégions la voie de la négociation.